Le bruit de la mérule !
Quand le silence condamne au bruit, quand le faux semblant cache la réalité ...
Ces derniers jours, deux textes parus dans Le Soir donnent à réfléchir sur le sort des Bruxellois, et particulièrement ceux qui souffrent de l'agression des survols par les avions décollant ou atterrissant à l'aéroport "national" de Bruxelles.
Le premier est une Carte blanche de Marc Uyttendaele, constitutionnaliste bien connu, intitulée "le Roi docile et la stratégie de la mérule". (1)
Il analyse, d'un point de vue juridique, les derniers soubresauts de la crise institutionnelle qui agitent le monde politique belge. Son attention se porte en particulier sur la question des initiatives prises par le Roi ces derniers jours ou, pour être plus exact, les initiatives que certain(s) parti(s) lui ont fait prendre (et attribuer) pour la recherche d'une éventuelle solution à leur incapacité à trouver et même à chercher une solution aux conflits qu'ils ont créé à force d'obstination, d'aveuglement et surtout de repli identitaire aussi stérile que peu respectueux du droit des gens.
Ce n'est pas cependant l'article en lui même, quelle qu'en soit la qualité par ailleurs, qui retient l'attention mais un petit bout du texte qui a d'ailleurs donné moitié de son titre à la Carte blanche :
"Il n'est pas illégitime, dans [le chef de ceux qui, nombreux en Flandre, font ce choix], de souhaiter de profondes modifications institutionnelles, Une telle démarche fait intrinsèquement partie du débat démocratique. Il convient, cependant, que de telles revendications s'expriment dans la transparence et dans le cadre d'un débat politique digne. On ne peut souffrir que soit utilisée la stratégie de la mérule, soit une dégradation sournoise et inapparente du modèle institutionnel actuel."
Pour rappel, voici ce qu'on dit de la mérule sur le site d'Eco-consommation (2) :
La mérule se développe dans l’obscurité (derrière les plinthes, dans les plafonds, sous les revêtements de sols) et, souvent, ce n’est que lorsque le bois est complètement attaqué et tombe en poussière, que l’on s’aperçoit de sa présence.
En conditions défavorables, le champignon ne meurt pas mais entre en période de latence et est prêt à se redévelopper dès que les conditions [...] sont à nouveau favorables.
Cette comparaison est aussi inquiétante que vraiment pertinente, hélas !
En effet, le surlendemain, le même journal publie une interview de Patrick Dewael dont la lecture ne manque pas d'interpeler. (3)
On y retrouve le refrain affirmant que régionaliser n'est en rien nuisible au pays, que ça ne vise au contraire qu'à rendre la gestion plus efficace là où l'efficacité est la plus garantie, que régionaliser les sources du financement public (c'est à dire l'impôt !) est logique et permettra à chacun de mieux gérer ses revenus et ses dépenses (sachant qu'alors une concurrence fiscale acharnée s'instaurerait qui, en moins de dix ans, viderait Bruxelles et la Wallonie d'une part importante de leurs entreprises et donc de leurs emplois en même temps que les ressources de l'impôt auront été anéanties). Tout cela sous des dehors bien poli, bien amènes, bien comme il faut.
Ne prenons qu'un seul exemple : M. Dewael propose tout à fait incidemment de refédéraliser des compétences, sans avoir l'air d'y toucher, comme au détour d'une phrase sans importance ou qui parait dire qu'il est favorable à une consolidation du pouvoir fédéral, du pouvoir de l'Etat,.
" Il est possible de faire une réforme de l'état et aussi de refédéraliser des compétences ..." dit-il. Soit !
Mais il ajoute dans la même phrase : "refédéraliser des compétences, comme les normes de bruit."
Et là, pour le coup, ça devient fort différent !
Refédéraliser les normes de bruit, c'est une bonne idée, ça, non ? Les voitures d'Ostende ne pourraient pas faire plus de bruit que celles d'Arlon, les rues de Bruxelles, Anvers ou Liège seraient désormais aussi calmes les unes que les autres, Les usines du voisinage ne pourraient plus nuire ici et pas ailleurs.
La réforme, cette "refédéralisation" des normes de bruit ne seraient qu'un signe de bonne gouvernance et incontestablement une excellente idée, réaliste et tout que ce Monsieur bien conciliant propose pour satisfaire les francophones qui n'arrêtent pas de demander qu'on refédéralise un peu de tout, à tout bout de champ.
Oui, c'est sans doute une excellente idée, sauf un petit détail ! Enfin, petit ... !
Pas si petit que ça, le détail, puisque les normes de bruit, telles qu'elles sont actuellement régionalisées, permettent à la Région de Bruxelles d'imposer des normes de bruit qui devraient permettre aux Bruxellois de vivre sous les lignes d'envol ou d'atterrissage des avions de Zaventem. Trois cent mille personnes qui, presque chaque nuit, quasi chaque jour, subissent le vacarme insoutenable des avions au dessus de leur tête, au dessus de celle de leurs enfants. Trois cent mille personnes qui souffrent, ne peuvent plus dormir. Qui parfois, c'est heureusement rare encore, se suicident. Des centaines de mères qui craquent parce que leurs bébés souffrent d'un stress intense et donc d'un déséquilibre du développement !
Les normes de bruit, régionalisées, sont le seul espoir qu'ont les Bruxellois de voir un jour leur situation améliorée et non aggravée : ces normes, pourtant encore inférieures à celles que préconise l'OMS, sont le seul élément de droit qui permette aux riverains d'attaquer le gouvernement et l'aéroport. C'est d'ailleurs le seul élément sur lequel le pouvoir régional bruxellois puisse peser : il n'est pas maitre de son ciel mais uniquement des pollutions, dont la pollution sonore.
Refédéraliser les normes de bruit, c'est permettre, très rapidement, de supprimer ces normes bruxelloises, les ramener aux normes flamandes qui sont largement plus laxistes et dont permettre de renvoyer au dessus de Bruxelles, la totalité des avions pourris, bruyants, des transporteurs les moins scrupuleux, surtout les transporteurs de fret, de marchandise qui volent de préférence la nuit et avec des vieux coucous !
C'est permettre de doubler, tripler le nombre d'avions qui décollent ou atterrissent en survolant les maisons à très basse altitude, de mettre en oeuvre les plans flamands qui voudraient tripler la capacité de l'aéroport de "Brussels". C'est rendre totalement invivables des quartiers en majorité habités par des petites gens qui n'ont pas les moyens de partir, qui sont installés là depuis des années, bien avant qu'un certain ministre casse les dispositions efficaces, respectueuses de l'environnement et des gens qu'avait prises Isabelle Durant, pour les remplacer par un "plan de dispersion" clairement nuisible pour les communes massivement survolées, mais favorable aux intérêts d'une certaine Flandre. Rien que ces intérêts-là !
Oui, on voit bien que certains appliquent la stratégie de la mérule : faire progresser une idée destructrice mais sans la montrer, en cachant soigneusement sous de faux atours la réalité de la destruction programmée. On inclinerait assez à voir ici une "dégradation sournoise et inapparente du modèle institutionnel".
Ici, c'est le bruit d'avions à ras des maisons que cette sorte de mérule apportera sans qu'hélas aucune recette ne semble exister pour éliminer cette nuisance.
Scarron
_________________________________________
(1) Le Soir, jeudi 23 août 2007, p. 14
(2) http://www.ecoconso.be/spip.php?article218
(3) Le Soir, samedi 25 août 2007, p. 5
Quand le silence condamne au bruit, quand le faux semblant cache la réalité ...
Ces derniers jours, deux textes parus dans Le Soir donnent à réfléchir sur le sort des Bruxellois, et particulièrement ceux qui souffrent de l'agression des survols par les avions décollant ou atterrissant à l'aéroport "national" de Bruxelles.
Le premier est une Carte blanche de Marc Uyttendaele, constitutionnaliste bien connu, intitulée "le Roi docile et la stratégie de la mérule". (1)
Il analyse, d'un point de vue juridique, les derniers soubresauts de la crise institutionnelle qui agitent le monde politique belge. Son attention se porte en particulier sur la question des initiatives prises par le Roi ces derniers jours ou, pour être plus exact, les initiatives que certain(s) parti(s) lui ont fait prendre (et attribuer) pour la recherche d'une éventuelle solution à leur incapacité à trouver et même à chercher une solution aux conflits qu'ils ont créé à force d'obstination, d'aveuglement et surtout de repli identitaire aussi stérile que peu respectueux du droit des gens.
Ce n'est pas cependant l'article en lui même, quelle qu'en soit la qualité par ailleurs, qui retient l'attention mais un petit bout du texte qui a d'ailleurs donné moitié de son titre à la Carte blanche :
"Il n'est pas illégitime, dans [le chef de ceux qui, nombreux en Flandre, font ce choix], de souhaiter de profondes modifications institutionnelles, Une telle démarche fait intrinsèquement partie du débat démocratique. Il convient, cependant, que de telles revendications s'expriment dans la transparence et dans le cadre d'un débat politique digne. On ne peut souffrir que soit utilisée la stratégie de la mérule, soit une dégradation sournoise et inapparente du modèle institutionnel actuel."
Pour rappel, voici ce qu'on dit de la mérule sur le site d'Eco-consommation (2) :
La mérule se développe dans l’obscurité (derrière les plinthes, dans les plafonds, sous les revêtements de sols) et, souvent, ce n’est que lorsque le bois est complètement attaqué et tombe en poussière, que l’on s’aperçoit de sa présence.
En conditions défavorables, le champignon ne meurt pas mais entre en période de latence et est prêt à se redévelopper dès que les conditions [...] sont à nouveau favorables.
Cette comparaison est aussi inquiétante que vraiment pertinente, hélas !
En effet, le surlendemain, le même journal publie une interview de Patrick Dewael dont la lecture ne manque pas d'interpeler. (3)
On y retrouve le refrain affirmant que régionaliser n'est en rien nuisible au pays, que ça ne vise au contraire qu'à rendre la gestion plus efficace là où l'efficacité est la plus garantie, que régionaliser les sources du financement public (c'est à dire l'impôt !) est logique et permettra à chacun de mieux gérer ses revenus et ses dépenses (sachant qu'alors une concurrence fiscale acharnée s'instaurerait qui, en moins de dix ans, viderait Bruxelles et la Wallonie d'une part importante de leurs entreprises et donc de leurs emplois en même temps que les ressources de l'impôt auront été anéanties). Tout cela sous des dehors bien poli, bien amènes, bien comme il faut.
Ne prenons qu'un seul exemple : M. Dewael propose tout à fait incidemment de refédéraliser des compétences, sans avoir l'air d'y toucher, comme au détour d'une phrase sans importance ou qui parait dire qu'il est favorable à une consolidation du pouvoir fédéral, du pouvoir de l'Etat,.
" Il est possible de faire une réforme de l'état et aussi de refédéraliser des compétences ..." dit-il. Soit !
Mais il ajoute dans la même phrase : "refédéraliser des compétences, comme les normes de bruit."
Et là, pour le coup, ça devient fort différent !
Refédéraliser les normes de bruit, c'est une bonne idée, ça, non ? Les voitures d'Ostende ne pourraient pas faire plus de bruit que celles d'Arlon, les rues de Bruxelles, Anvers ou Liège seraient désormais aussi calmes les unes que les autres, Les usines du voisinage ne pourraient plus nuire ici et pas ailleurs.
La réforme, cette "refédéralisation" des normes de bruit ne seraient qu'un signe de bonne gouvernance et incontestablement une excellente idée, réaliste et tout que ce Monsieur bien conciliant propose pour satisfaire les francophones qui n'arrêtent pas de demander qu'on refédéralise un peu de tout, à tout bout de champ.
Oui, c'est sans doute une excellente idée, sauf un petit détail ! Enfin, petit ... !
Pas si petit que ça, le détail, puisque les normes de bruit, telles qu'elles sont actuellement régionalisées, permettent à la Région de Bruxelles d'imposer des normes de bruit qui devraient permettre aux Bruxellois de vivre sous les lignes d'envol ou d'atterrissage des avions de Zaventem. Trois cent mille personnes qui, presque chaque nuit, quasi chaque jour, subissent le vacarme insoutenable des avions au dessus de leur tête, au dessus de celle de leurs enfants. Trois cent mille personnes qui souffrent, ne peuvent plus dormir. Qui parfois, c'est heureusement rare encore, se suicident. Des centaines de mères qui craquent parce que leurs bébés souffrent d'un stress intense et donc d'un déséquilibre du développement !
Les normes de bruit, régionalisées, sont le seul espoir qu'ont les Bruxellois de voir un jour leur situation améliorée et non aggravée : ces normes, pourtant encore inférieures à celles que préconise l'OMS, sont le seul élément de droit qui permette aux riverains d'attaquer le gouvernement et l'aéroport. C'est d'ailleurs le seul élément sur lequel le pouvoir régional bruxellois puisse peser : il n'est pas maitre de son ciel mais uniquement des pollutions, dont la pollution sonore.
Refédéraliser les normes de bruit, c'est permettre, très rapidement, de supprimer ces normes bruxelloises, les ramener aux normes flamandes qui sont largement plus laxistes et dont permettre de renvoyer au dessus de Bruxelles, la totalité des avions pourris, bruyants, des transporteurs les moins scrupuleux, surtout les transporteurs de fret, de marchandise qui volent de préférence la nuit et avec des vieux coucous !
C'est permettre de doubler, tripler le nombre d'avions qui décollent ou atterrissent en survolant les maisons à très basse altitude, de mettre en oeuvre les plans flamands qui voudraient tripler la capacité de l'aéroport de "Brussels". C'est rendre totalement invivables des quartiers en majorité habités par des petites gens qui n'ont pas les moyens de partir, qui sont installés là depuis des années, bien avant qu'un certain ministre casse les dispositions efficaces, respectueuses de l'environnement et des gens qu'avait prises Isabelle Durant, pour les remplacer par un "plan de dispersion" clairement nuisible pour les communes massivement survolées, mais favorable aux intérêts d'une certaine Flandre. Rien que ces intérêts-là !
Oui, on voit bien que certains appliquent la stratégie de la mérule : faire progresser une idée destructrice mais sans la montrer, en cachant soigneusement sous de faux atours la réalité de la destruction programmée. On inclinerait assez à voir ici une "dégradation sournoise et inapparente du modèle institutionnel".
Ici, c'est le bruit d'avions à ras des maisons que cette sorte de mérule apportera sans qu'hélas aucune recette ne semble exister pour éliminer cette nuisance.
Scarron
_________________________________________
(1) Le Soir, jeudi 23 août 2007, p. 14
(2) http://www.ecoconso.be/spip.php?article218
(3) Le Soir, samedi 25 août 2007, p. 5

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