Cet espace participatif se veut être une alternative,libre et sereine, au scénario écrit par les pires élus de la nation.

Gouvernement fédéral

Chronique d'une mort annoncée

On se fout de qui, là ? "Il y a suffisamment de points de convergence pour reprendre les négociations", précisait la note du Palais. Quels points de convergence ? Dans un bref communiqué, le formateur a précisé que des accords ont été pris quant au déroulement de la négociation. Fantastique ! Quelle avancée !

En matière socio-économique, il se raconte que les positions défendues pas les uns et les autres ne sont pas à ce point opposées pour qu’aucune solution ne puisse être envisagée à court terme. Soit. Encore faut-il avoir envie de perdre son temps en de vaines chicanes invariablement associées au communautaire. D’aucuns reprenant à l’unisson que tout est dans tout et que, dans ce domaine, les déclarations restent incendiaires.

De toute évidence, le retour dans l’arène de Monsieur Leterme n’est pas fait pour arranger les choses. A peine le formateur bis pointe-t-il du nez que les principaux protagonistes des deux camps se houspillent de plus belle. Le cartel CD&V/NV-A indiquant, d’une part, que la Flandre ne paiera pas le prix réclamé par les partis francophones pour la scission de BHV et, d’autre part, le MR et le Cdh exprimant toujours plus fermement leur opposition à toute réforme de l’Etat visant à vider le fédéral de ses substances régaliennes.

L’orange bleue est un échec. Nul ne l’ignore. Pour autant, il ne semble guère y avoir d’autre coalition qui soit davantage viable. Tant que les cinq résolutions du parlement flamand (mars 1999), ratifiées par tous les partis néerlandophones, resteront (en tout ou en partie) un incontournable préalable à la formation de tout gouvernement, aucune négociation ne pourra être menée à bien. Aucune !

Dès lors, arrêtons les frais, voulez-vous ! Les Belges méritent mieux que cette mélasse politico-politicienne qui n’a pour seul objectif que de soigner l’un ou l’autre plan de carrière dont nous n’avons franchement rien à foutre. Exigeons le respect ! Là, maintenant… Tout de suite !

Airel

Communautaire - Sondage (23/09)

Verhofstadt plus populaire que Leterme
Le Soir - dimanche 23.09.2007

Guy Verhofstadt est l'homme le plus apte à assurer aujourd'hui les fonctions de premier ministre, estiment 61,1 % des Belges, selon un sondage iVox réalisé pour le compte du journal dominical flamand "Het Nieuwsblad op zondag" et de "Vers l'Avenir".

L'ex-formateur Yves Leterme, s'il reste le plus populaire en Flandre, ne recueille que 41,6 % de préférences pour l'ensemble du pays et 10,9 % seulement dans la partie francophone, pour 74,6 à M. Verhofstadt.

Le sondage révèle aussi que 45 % seulement des Belges jugent M. Leterme encore crédible

Les résultats traduisent encore un souci croissant des Belges devant une crise politique qui perdure : plus de 77 % des personnes interrogées craignent qu'elle aura des conséquences fâcheuses pour l'économie du pays. Ce souci est particulièrement présent chez les personnes âgées de 45 à 59 ans et celles qui ont un niveau de scolarité peu élevé.

Selon ce sondage, 39,1 % des Flamands se montrent favorables à l'indépendance de la Flandre, pour 12,7 de Francophones qui se disent prêts à renoncer à la Belgique. Ces derniers chiffres confirment les résultats d'un précédent sondage réalisé fin août par les deux mêmes journaux. - Belga

Communautaire - Sondage (18/09)

Les francophones ne veulent pas de Leterme…
Le Soir - Mardi 18.09.2007

Plus de trois quarts des francophones (76,9 %) ne veulent pas d’Yves Leterme (CD&V) comme Premier ministre, selon un sondage réalisé pour RTL par Belga/IVox, tandis que ce pourcentage atteint 89,1 % selon un sondage effectué sur internet auprès de 6.000 personnes (sans précision sur leur rôle linguistique) pour le compte de la RTBF et du Vif L’Express. D’après ce dernier sondage, 53 % des personnes interrogées croient toutefois encore qu’un gouvernement orange bleue est possible.

.. La Flandre, oui !
7 sur 7 - Mardi 18.09.2007

La confiance en Yves Leterme, qui avait connu un certain effritement, est à nouveau intacte. Il reçoit l'appui effectif de 70% des Flamands interrogés. D'autres éventuels candidats-Premiers ministres, comme Didier Reynders ou Herman Van Rompuy, ne récoltent même pas 10% des suffrages lors de ce sondage.

Le président de la N-VA, Bart De Wever, bénéficie aussi de la confiance des personnes interrogées qui le considèrent comme le meilleur négociateur.

Près de la moitié des Flamands veulent scinder la Belgique
7 sur 7 - Mardi 18.09.2007

Près d'un Flamand sur deux veut que la Belgique soit scindée, et deux sur trois pensent que cela sera le cas tôt ou tard. C'est ce qu'indique un sondage réalisé par Het Laatste Nieuws et publié mardi. Les Flamands estiment qu'il est bien que les partis flamands ne cèdent pas dans le cadre des négociations en vue de la formation d'un nouveau gouvernement.

Coup de gueule

Plus con, tu meurs !

Pour fêter les 100 jours sans gouvernement, Messieurs Filip Dewinter (VB), Gerolf Annemans (VB) et Pieter De Crem (CD&V), ont cru malin de s'offrir une bonne part du gâteau de la discorde. Sans doute en feront-ils de même à la prochaîne session de la Commission de l'intérieur. Gageons que pour d'aucuns, le gâteau BHV sera des plus indigestes.

Airel

Communautaire - Région flamande

"Pour moi, la première chose à faire en Belgique, c'est de réapprendre à se connaître"... Viré !

Le gouvernement flamand a licencié le secrétaire général du département Economie, Science et Innovation de l'administration flamande, Rudy Aernoudt, connu pour ses prises de position dans le débat communautaire belge. Une interview au « Soir » a mis le feu aux poudres. - lire l'interview

Ancien chef de cabinet des ministres de l'Economie wallon, fédéral et flamand, il a publié, l'an dernier, un "Wallonie, Flandre, je t'aime moi non plus" en réaction au manifeste de la Warande. Depuis, il multiplie les prises de position à contre-courant communautaire. - Le Soir (10 septembre 2007)

La liberté d'opinion et d'expression est généralement considérée comme une liberté fondamentale de l'homme. La liberté d'expression est bien souvent la première des libertés éliminées dans les régimes totalitaires, qui s'assurent la mainmise sur les médias et ainsi sur l'opinion publique.

Jurisprudence (Cour Européenne des Droits de l’Homme, 21 janvier 1999, n°29183/95, Fressoz et Roire c. France) :

"La liberté d'expression vaut non seulement pour les "informations" ou "idées" accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent : ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l'esprit d'ouverture sans lesquels, il n'est pas de "société démocratique".

Communautaire - Parlement flamand

Apocalypse no : c'est seulement pour la prochaine fois !


Le silence des agneaux...

Le Parlement flamand a refusé de voter ce lundi 10 septembre une motion présentée par le Vlaams Block-belang, qui demandait en fait deux choses : un référendum sur l'indépendance de la Flandre et donc un vote, ne serait-il encore que symbolique, sur une potentielle et proche déclaration unilatérale d'indépendance.

Tous les autres partis flamands ont, presque unanimement, voté contre cette motion du VB. Quelle merveille !

Mais ce vote, que veut-il dire en réalité ? Ce vote marque-t-il le retour de la sagesse et de la modération fédéral? Est-il le signe qu'une Flandre assagie, redevenue sereine, accepte désormais d'en revenir à une Belgique où règnerait enfin le fédéralisme d'union, de collaboration loyale, de solidarité responsable par delà les "frontières" internes de notre État ?

Hélas non ! Ce vote ne signifie rigoureusement rien de tout cela. Il signifie juste une chose : que les partis flamands autres que le VB ne sont pas d'accord avec l'agenda proposé par le VB, ni avec son mode opératoire, Mais qu'ils continuent massivement à prôner le confédéralisme, le séparatisme "feutré", en vertu de ce que l'un d'eux a appelé récemment "l'évaporation progressive de la Belgique".

Les revendications communautaires restent intactes, les exigences de fédéraliser la quasi totalité des institutions politiques, économiques, fiscales, sociales, bref de diviser jusqu'au trognon la totalité de ce qui organise la réalité d'un État solidaire, ces revendications sont rappelées avec insistance par tous les intervenants au débat de ce lundi au Parlement flamand.

Jusqu'à Mieke Vogels qui proclame que Groen! exige la scission de BHV, sans contrepartie pour les francophones, alignant sa position sur celle de tous les autres partis flamands ! Même pas une abstention, lors du vote récent au parlement fédéral : non, Groen! y a voté avec les partis flamands.

Rien n'a changé : il y a juste un parti "péri-fasciste" qui a réussi un coup publicitaire sans risque, et sans être mis au ban par les autres partis flamands.

Pour le reste, les francophones de ce pays feraient bien de se rendre compte que ce rejet de la demande de "mise à l'agenda des travaux parlementaires", parce que c'est juste çà qui a été rejeté, ne signifie en aucune façon que les partis flamands abandonnent la moindre, la plus petite de leurs exigences.

Les francophones, hommes politiques, de presse et même voire surtout le public en général, doivent prendre conscience que cette comédie qu'on leur a jouée est une poudre aux yeux, une grande illusion : la Flandre a décidé la voie qu'elle entendait suivre, elle s'y maintient et en poursuit la mise en oeuvre. Cette voie, c'est la dissolution de tout pouvoir fédéral au profit des entités fédérées, qui deviendront à plus ou moins court terme, aussi indépendantes en réalité que si l'une d'elles le proclamait haut et fort, mais sans les risques que ferait courir une déclaration de séparation unilatérale.

Les partis flamands espèrent bien, grâce à ce coup-ci, conserver le bénéfice du silence des agneaux, qui ne veulent pas voir qu'on les mène à l'abattoir !



© Scarron de Bruxelles

Communautaire - Région Bruxelles-Capitale

BHV, le grand mensonge !

Les élus flamands affirment, tous en chœur, que la scission de la circonscription électorale de Bruxelles-Hal-Vilvorde, a été ordonnée par un arrêt de la Cour constitutionnelle. Or rien n'est moins vrai. Cette campagne de désinformation, savamment orchestrée au Nord du pays, avait (et a toujours) pour seul objectif de tromper l’opinion publique néerlandophone.

Si cet arrêt de la Cour constitutionnelle se prononce, effectivement, sur l’incompatibilité du maintien de cette circonscription avec le découpage électoral en provinces pour les législatives, il n’en impose nullement la scission. Tant il est vrai que d’autres dispositions restent négociables. Rappelons, en outre, qu’il n’est aucunement fait mention de la scission de l'arrondissement judiciaire dans l’arrêt visé. Cette dernière constituant néanmoins une exigence flamande annoncée "incontournable".

Pour les francophones de Hal-Vilvorde qui, le cas échéant, ne pourraient plus voter pour des candidats bruxellois aux élections législatives et européennes, ni se faire entendre en français devant les juridictions, cette manœuvre fallacieuse est proprement intolérable.

Puissiez-vous, Mesdames et Messieurs les négociateurs francophones, rappeler à vos homologues néerlandophones que la démocratie a un prix.

Airel

Communautaire - Région Bruxelles-Capitale

Le bruit de la mérule !

Quand le silence condamne au bruit, quand le faux semblant cache la réalité ...

Ces derniers jours, deux textes parus dans Le Soir donnent à réfléchir sur le sort des Bruxellois, et particulièrement ceux qui souffrent de l'agression des survols par les avions décollant ou atterrissant à l'aéroport "national" de Bruxelles.

Le premier est une Carte blanche de Marc Uyttendaele, constitutionnaliste bien connu, intitulée "le Roi docile et la stratégie de la mérule". (1)

Il analyse, d'un point de vue juridique, les derniers soubresauts de la crise institutionnelle qui agitent le monde politique belge. Son attention se porte en particulier sur la question des initiatives prises par le Roi ces derniers jours ou, pour être plus exact, les initiatives que certain(s) parti(s) lui ont fait prendre (et attribuer) pour la recherche d'une éventuelle solution à leur incapacité à trouver et même à chercher une solution aux conflits qu'ils ont créé à force d'obstination, d'aveuglement et surtout de repli identitaire aussi stérile que peu respectueux du droit des gens.

Ce n'est pas cependant l'article en lui même, quelle qu'en soit la qualité par ailleurs, qui retient l'attention mais un petit bout du texte qui a d'ailleurs donné moitié de son titre à la Carte blanche :

"Il n'est pas illégitime, dans [le chef de ceux qui, nombreux en Flandre, font ce choix], de souhaiter de profondes modifications institutionnelles, Une telle démarche fait intrinsèquement partie du débat démocratique. Il convient, cependant, que de telles revendications s'expriment dans la transparence et dans le cadre d'un débat politique digne. On ne peut souffrir que soit utilisée la stratégie de la mérule, soit une dégradation sournoise et inapparente du modèle institutionnel actuel."

Pour rappel, voici ce qu'on dit de la mérule sur le site d'Eco-consommation (2) :

La mérule se développe dans l’obscurité (derrière les plinthes, dans les plafonds, sous les revêtements de sols) et, souvent, ce n’est que lorsque le bois est complètement attaqué et tombe en poussière, que l’on s’aperçoit de sa présence.

En conditions défavorables, le champignon ne meurt pas mais entre en période de latence et est prêt à se redévelopper dès que les conditions [...] sont à nouveau favorables.
Cette comparaison est aussi inquiétante que vraiment pertinente, hélas !

En effet, le surlendemain, le même journal publie une interview de Patrick Dewael dont la lecture ne manque pas d'interpeler. (3)

On y retrouve le refrain affirmant que régionaliser n'est en rien nuisible au pays, que ça ne vise au contraire qu'à rendre la gestion plus efficace là où l'efficacité est la plus garantie, que régionaliser les sources du financement public (c'est à dire l'impôt !) est logique et permettra à chacun de mieux gérer ses revenus et ses dépenses (sachant qu'alors une concurrence fiscale acharnée s'instaurerait qui, en moins de dix ans, viderait Bruxelles et la Wallonie d'une part importante de leurs entreprises et donc de leurs emplois en même temps que les ressources de l'impôt auront été anéanties). Tout cela sous des dehors bien poli, bien amènes, bien comme il faut.

Ne prenons qu'un seul exemple : M. Dewael propose tout à fait incidemment de refédéraliser des compétences, sans avoir l'air d'y toucher, comme au détour d'une phrase sans importance ou qui parait dire qu'il est favorable à une consolidation du pouvoir fédéral, du pouvoir de l'Etat,.

" Il est possible de faire une réforme de l'état et aussi de refédéraliser des compétences ..." dit-il. Soit !

Mais il ajoute dans la même phrase : "refédéraliser des compétences, comme les normes de bruit."

Et là, pour le coup, ça devient fort différent !

Refédéraliser les normes de bruit, c'est une bonne idée, ça, non ? Les voitures d'Ostende ne pourraient pas faire plus de bruit que celles d'Arlon, les rues de Bruxelles, Anvers ou Liège seraient désormais aussi calmes les unes que les autres, Les usines du voisinage ne pourraient plus nuire ici et pas ailleurs.

La réforme, cette "refédéralisation" des normes de bruit ne seraient qu'un signe de bonne gouvernance et incontestablement une excellente idée, réaliste et tout que ce Monsieur bien conciliant propose pour satisfaire les francophones qui n'arrêtent pas de demander qu'on refédéralise un peu de tout, à tout bout de champ.

Oui, c'est sans doute une excellente idée, sauf un petit détail ! Enfin, petit ... !

Pas si petit que ça, le détail, puisque les normes de bruit, telles qu'elles sont actuellement régionalisées, permettent à la Région de Bruxelles d'imposer des normes de bruit qui devraient permettre aux Bruxellois de vivre sous les lignes d'envol ou d'atterrissage des avions de Zaventem. Trois cent mille personnes qui, presque chaque nuit, quasi chaque jour, subissent le vacarme insoutenable des avions au dessus de leur tête, au dessus de celle de leurs enfants. Trois cent mille personnes qui souffrent, ne peuvent plus dormir. Qui parfois, c'est heureusement rare encore, se suicident. Des centaines de mères qui craquent parce que leurs bébés souffrent d'un stress intense et donc d'un déséquilibre du développement !

Les normes de bruit, régionalisées, sont le seul espoir qu'ont les Bruxellois de voir un jour leur situation améliorée et non aggravée : ces normes, pourtant encore inférieures à celles que préconise l'OMS, sont le seul élément de droit qui permette aux riverains d'attaquer le gouvernement et l'aéroport. C'est d'ailleurs le seul élément sur lequel le pouvoir régional bruxellois puisse peser : il n'est pas maitre de son ciel mais uniquement des pollutions, dont la pollution sonore.

Refédéraliser les normes de bruit, c'est permettre, très rapidement, de supprimer ces normes bruxelloises, les ramener aux normes flamandes qui sont largement plus laxistes et dont permettre de renvoyer au dessus de Bruxelles, la totalité des avions pourris, bruyants, des transporteurs les moins scrupuleux, surtout les transporteurs de fret, de marchandise qui volent de préférence la nuit et avec des vieux coucous !

C'est permettre de doubler, tripler le nombre d'avions qui décollent ou atterrissent en survolant les maisons à très basse altitude, de mettre en oeuvre les plans flamands qui voudraient tripler la capacité de l'aéroport de "Brussels". C'est rendre totalement invivables des quartiers en majorité habités par des petites gens qui n'ont pas les moyens de partir, qui sont installés là depuis des années, bien avant qu'un certain ministre casse les dispositions efficaces, respectueuses de l'environnement et des gens qu'avait prises Isabelle Durant, pour les remplacer par un "plan de dispersion" clairement nuisible pour les communes massivement survolées, mais favorable aux intérêts d'une certaine Flandre. Rien que ces intérêts-là !

Oui, on voit bien que certains appliquent la stratégie de la mérule : faire progresser une idée destructrice mais sans la montrer, en cachant soigneusement sous de faux atours la réalité de la destruction programmée. On inclinerait assez à voir ici une "dégradation sournoise et inapparente du modèle institutionnel".

Ici, c'est le bruit d'avions à ras des maisons que cette sorte de mérule apportera sans qu'hélas aucune recette ne semble exister pour éliminer cette nuisance.

Scarron
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(1) Le Soir, jeudi 23 août 2007, p. 14
(2) http://www.ecoconso.be/spip.php?article218
(3) Le Soir, samedi 25 août 2007, p. 5

Socio-économique - Coup de gueule

Un peu de pudeur, je vous prie !

"Le superflu des riches devrait servir pour le nécessaire des pauvres, mais tout au contraire, le nécessaire des pauvres sert pour le superflu des riches" - Jean Domat (1625 - 1696)

Je me souviens d’un élu flamand qui, étalé devant sa grosse villa, déclarait que les belges vivaient largement au-dessus de leurs moyens. Aujourd’hui, cantonné dans l’un ou l’autre château, entre deux défilés de carrosses hors de prix, il est de bon ton de nous affirmer, s’agissant des budgets alloués aux affaires sociales, que « les caisses de l’état sont vides » et qu’il convient de « responsabiliser » les bénéficiaires de revenus de remplacement et autres allocataires sociaux. En revanche, il n’est jamais à l’ordre du jour de restreindre le train de vie de nos diverses et nombreuses représentations.

Nos élus, ceux-là même qui nous louent à satiété les restrictions budgétaires visant à diminuer le coût de fonctionnement de nos institutions, n’ont aucun scrupule à se voter l’octroi de substantielles augmentations d’indemnités souvent inversement proportionnelles à leur présences dans les hémicycles du pouvoir. Et, à l’exception de quelques rares inaltérés, ils cumulent volontiers des mandats tant publiques que privés, s’affichant ostensiblement dans un luxe insolent le plus souvent financé par les deniers publiques.

Même à considérer qu’il serait insultant de recevoir un chef d’Etat autrement qu’en sortant le tapis rouge et l’argenterie, il n’a jamais été démontré qu’un environnement fastueux augure d’une meilleure diplomatie ou d’une plus juste politique. Il n’est, donc, nullement impertinent d’arguer que nos femmes et hommes politiques nous doivent la tempérance qui sied à nos moyens. La longueur d’un cursus où la difficulté d’un cheminement ne justifiant en rien le mieux-être de quelques uns au préjudice du bien-être de tous.

Airel

Communautaire - Presse

Leterme légitime l'insupportable nationalisme flamand

Luc Vandenbrande jeta un jour un coq wallon en caoutchouc à son chien, qui le déchiqueta devant les yeux des caméras de télévision. L'ancien ministre-président flamand n'arrivait pas à cacher sa joie. Et lorsque les francophones ne prirent pas cela à la rigolade, il décréta que ceux-ci n'avaient aucun sens de l'humour.

A présent, c'est Yves Leterme qui ne comprend pas pourquoi les Belges francophones s'excitent à propos de son interview à Libération. Le fait qu'ils ne soient pas en état "intellectuel" d'apprendre le néerlandais n'était qu'ironie. Et c'est le journaliste français qui a compris, à tort, que le roi parlait mal le néerlandais.

Je pourrais facilement écrire un article entier à propos des petits et grands défauts des francophones de ce pays. Mais j'ai trouvé qu'il était plus intéressant, en tant que Flamand, d'observer les choses d'un autre point de vue. J'espère qu'un jour, un francophone aura la même démarche que moi.

Les médias flamands ont immédiatement décrété que les francophones réagissaient de façon démesurée à l'interview de Leterme, sans essayer de comprendre leur réaction. Je me pose sincèrement la question de savoir ce qui serait advenu si Di Rupo avait dit une chose dénigrante à propos de, par exemple, les capacités intellectuelles des Flamands. On aurait assurément parlé alors d'une nouvelle gifle pour l'industrieux peuple flamand.

Personne en Flandre n'a l'air choqué que le ministre-président offense nos compatriotes francophones par des clichés populistes qui ne dépassent pas le niveau de conversations de café, à l'exemple de : "La Belgique est un accident de l'Histoire." Comme si la Flandre n'en était pas un : l'Histoire est un enchaînement d'accidents auxquels seuls les mythes peuvent donner un sens. Que la Flandre soit prédestinée à devenir un Etat est l'un de ces mythes. La Flandre n'a jamais été une entité politique et les Flamands ont toujours vécu dans un creuset de cultures différentes.

Mais ce genre de Grande Vérité passe facilement chez des Flamands qui n'ont jamais rencontré de francophones et ne comprennent pas que qui que ce soit veuille vivre à Bruxelles. Ce qui est agaçant, c'est que Leterme confirme par ses propos des préjugés tels que : les francophones continuent à prendre les Flamands de haut et la volonté d'apprendre le néerlandais est inexistante. A Bruxelles, les écoles néerlandophones sont remplies de francophones, parce que leurs parents se rendent compte de l'importance du bilinguisme. Mais cette réalité est probablement trop nuancée pour marquer des points électoraux auprès de la base flamingante.

Le journal Le Soir, qui a été évincé depuis des années par la VRT de sa revue de presse, a publié samedi un appel de la rédaction à plus de tolérance entre les communautés, avec comme slogan bilingue : "Pour le respect mutuel, le Soir se lève. Le Soir komt op voor wederzijds respect". Ce serait une belle marque de ce type de respect qu'un journal flamand imprime le texte de cette annonce. Parce qu'en Flandre pour le moment, on s'occupe surtout de soi-même, et de la diabolisation des autres.

N'y a-t-il donc personne en Flandre qui comprenne que les francophones se posent des questions lorsque le ministre-président flamand n'arrive pas plus loin que la bière et le football quand on lui demande ce qui nous lie encore dans ce pays ? Cela ne dénote vraiment pas le moindre intérêt pour la culture de notre pays. Mais cette double identité, dont Leterme est, avec un père wallon et une mère flamande, assez ironiquement l'un des produits, ne l'intéresse plus.

Que le contexte belge rende possible un contact quotidien avec la culture française, et qu'une chose pareille puisse être singulièrement enrichissante, laisse l'élite politique flamande de glace. Elle y préfère son flirt avec la futilité de Laura Lynn et Kate Ryann.

"La Belgique n'est pas une valeur en soi", philosophe encore Leterme dans son interview. Ce sont là des paroles qui peuvent compter pour un homme qui ambitionne de prendre la tête du pays en question. Le ministre-président de la Flandre s'attend-il vraiment à ce que les francophones acceptent cela avec un sourire bienveillant ?

Et pour faire entièrement plaisir aux durs ("hardliners") flamands, Leterme veut éliminer les facilités de la périphérie, puisque les francophones ne veulent de toute façon pas apprendre le néerlandais. La suppression des facilités est pourtant, d'un point de vue flamand, aussi bête que la demande de scission immédiate de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Ce sont des exigences dépassées qui ont une grande valeur symbolique pour une partie du mouvement flamand parce qu'elles doivent compenser l'injustice faite aux Flamands lorsque la francisation de la Flandre était réelle et que le néerlandais était méprisé.

Il ne fait aucun doute que tel était le cas il y a une cinquantaine d'années mais ce danger n'existe plus dans la Flandre de 2006. Les Flamands ont pris trop d'assurance pour cela, et plus personne ne croit que le français est supérieur au néerlandais. Oser proclamer cette réalité à voix haute reste un grand tabou pour de nombreux flamingants. La périphérie de Bruxelles reste pour eux aussi inattaquable que la Terre Sainte et doit à tout prix être reconquise aux francophones.

Mais où est le problème dans le fait qu'il y ait également des francophones vivant en Flandre et que ceux-ci reçoivent leurs paperasses dans leur propre langue ? Qui en Flandre est désavantagé par cela ?

"Aanpassen of verhuizen" ("S'adapter ou déménager") et "Waalse ratten, rol uw matten !" ("Rats wallons, pliez bagage") sont des slogans qui ont déjà été peints par des commandos du TAK sur des maisons francophones de la périphérie bruxelloise. Il semblerait aujourd'hui que le ministre-président flamand ait les mêmes idées en la matière.

C'est un trait flamand désagréable que de devenir de moins en moins tolérant envers les étrangers et les allochtones dans la quête d'une autonomie toujours plus grande. Partant d'un vieux complexe d'infériorité flamand, l'obsession d'une Flandre en tant que territoire linguistique homogène mène à une impossibilité de vivre en communauté avec des non-Flamands. Et à la réprobation tacite du mélange et de l'altération. Le modèle bruxellois n'intéresse donc plus Yves Leterme. De la lointaine Ypres, il nous crie que la Région de Bruxelles-Capitale doit devenir "Brussels DC". Que ceci soit tout simplement impossible à mettre en pratique, et qu'il ait ainsi mis une fois de plus en question la réalité de la Région bruxelloise, ne lui fait ni chaud ni froid.

Il ne veut pas construire de ponts vers les francophones, il veut juste les enquiquiner, par exemple en affirmant finement que 80 % de Bruxellois ne sont pas "francophones" mais "non néerlandophones". Si nous nous attendons de la part des francophones à du respect pour notre langue, nous devons nous garder de prononcer des paroles dénigrantes à propos de la langue de la majorité des Bruxellois.

Et c'est ainsi que le ministre-président légitime de manière tacite l'insupportable nationalisme flamand. Le N-VA hoche la tête d'un air approbateur, le Vlaams Belang voit son propre agenda exécuté par d'autres. Leterme tirera des profits électoraux de ses propos musclés mais je crains qu'avec ce genre d'éructations, la Flandre tende de plus en plus à devenir une région repliée sur elle-même.


Luckas Vander Taelen

Cette tribune libre, ouverte à Luckas Vander Taelen, journaliste free-lance et régisseur, a été publiée dans De Morgen le 23 août 2006.
(Lire l'interview d'Yves Leterme)

Traduction : Sandrine Herinckx.